Principaux effets psychiques des stupéfiants.
PRINCIPAUX EFFETS PSYCHIQUES DES STUPÉFIANTS :
Par Jean Pierre ANGER Laboratoire de Toxicologie - Faculté de Pharmacie - Université de Rennes 1. 2 Avenue du Professeur Léon Bernard - 35043 Rennes Cedex
E mail : comite.scientifique@fnapt.org
Risques - Milieu professionnel Opiacés - Cocaïne - Amphétamines - Effets psychophysiologiques -
Résumé
Parmi les psychotropes faisant l'objet de conduites addictives en milieu professionnel, outre l'alcool, le tabac ou les médicaments psycho-actifs, on rencontre parfois les stupéfiants illicites comme le cannabis, les opiacés, la cocaïne et les amphétaminiques. Ces substances sont utilisées soit pour mieux gérer son stress au travail ou à l'inverse se doper pour un meilleur
rendement.Après absorption par différentes voies (pulmonaire, intra-nasale, orale ou parentérale), les drogues franchissent la barrière hémato-encéphalique et gagnent le cerveau dont elles vont perturber le fonctionnement en mimant l'action ou en bloquant la sécrétion ou enfin en empêchant la recapture de certains neuromédiateurs. Ainsi les opiacés inhibent sélectivement de nombreuses
activités neuronales induites par des stimulis excitateurs si bien que l'information arrive au cerveau non seulement " en retard " mais considérablement amoindrie, voire déformée et les réactions sont également diminuées. La cocaïne et les amphétaminiques sont à l'inverse de puissants psychostimulants. Ces composés inhibent, au niveau cérébral la recapture des amines biogènes
(noradrénaline, dopamine, sérotonine) ce qui induit un accroissement de la neurotransmission. Sous leur influence, la vigilance augmente, le temps de réaction s'améliore. Cependant d'autres effets associés comme l'euphorie, l'agressivité, la fatigue liée à l'insomnie conduisent à des comportements parfois irrationnels et dangereux.D'une façon générale, le dysfonctionnement cérébral
induit par la prise de ces stupéfiants modifie plus ou moins profondément le comportement du sujet qui ne sera plus en mesure de juger sainement une situation critique et pourra, en conséquence, soit sous estimer le risque ou au contraire aura tendance à augmenter la prise de risque et dans certaines circonstances à favoriser l'accident.
RAPPEL SUR LE MECANISME D'ACTION GÉNÉRAL DES DROGUES AU NIVEAU DU CERVEAU
Les substances toxicomanogènes ont pour cible principale le cerveau où elles agissent au niveau de la cellule neuronale et au niveau de structures spécialisées de l'encéphale. Les onze milliards de neurones du cerveau sont reliés les uns aux autres pour transmettre l'information sur le plan fonctionnel mais non sur le plan de la continuité anatomique. L'information est transmise le
long du neurone comme une impulsion électrique, activité qui est peu affectée par la plupart des drogues toxicomanogènes. La connexion fonctionnelle entre les neurones est la synapse, lieu de largage des neurotransmetteurs qui acheminent l'information d'un neurone à l'autre. On connaît aujourd'hui une quarantaine de neuromédiateurs différents dans le cerveau. Certains stimulent
l'activité cérébrale : ce sont les neurotransmetteurs de type adrénergique : noradrénaline (NA), dopamine (DA), sérotonine (5-HT) ; d'autres, au contraire l'atténuent : c'est le cas de l'acide gamma amino butyrique (GABA) ou des endorphines. Tous ces neuromédiateurs vont gérer notre comportement. Chacun d'eux est produit par un type particulier de neurone et, une
fois libéré, peut atteindre d'autres neurones. Un neuromédiateur donné se fixe sur une cellule nerveuse par l'intermédiaire d'un récepteur. On peut comparer le neuromédiateur à une clé qui reconnaît une serrure particulière, le récepteur et l'ouvre. Chaque neuromédiateur possède un ou plusieurs récepteurs spécifiques. Ce système permet la coexistence d'une grande variété de circuits de
communication cérébraux qui régissent notre comportement (humeur, faim, soif, sexualité, agressivité ou passivité, etc.). En temps normal, tous ces neuromédiateurs sont secrétés en quantité infime de telle sorte que l'ensemble de notre comportement se trouve dans un état d'équilibre harmonieux, c'est le bien-être ou état d'homéostasie cérébrale.
Les drogues sont capables d'ouvrir ces serrures biochimiques et de bouleverser cet équilibre soit en mimant l'action, soit en bloquant la sécrétion ou enfin en empêchant la recapture de certains neurotransmetteurs. Ainsi les opiacés ( héroïne, morphine, codéine ) miment l'action des endorphines et entraînent analgésie et sédation. L'information arrive bien au cerveau mais " en retard "
et considérablement amoindrie, voire déformée et les réactions sont également diminuées. À l'inverse, la cocaïne, les amphétamines inhibent au niveau cérébral la recapture des amines biogènes (NA, DA et 5-HT) ce qui induit un accroissement de la neurotransmission. Le cerveau est alors contraint de changer de régime et de maintenir pour fonctionner une production accrue de
catécholamines qui sera entretenue par l'apport fréquent de cocaïne. D'où le comportement impulsif quasi obligatoire de consommation de cette drogue par le cocaïnomane.
Toutes ces stimulations vont gagner deux zones particulièrement réactives du cerveau profond :
- l'hypothalamus (système limbique ou " cerveau des émotions "), centre d'intégration des sensations de satisfaction également impliqué dans les fonctions indispensables à la survie de l'espèce (faim, soif, sexualité) ;
- l'aire tegmentale ventrale (ATV ou système de récompense), source de production de dopamine dans le cerveau. La dopamine libérée stimule alors le noyau accumbens, aujourd'hui reconnu comme le centre du plaisir et de la récompense. Cette stimulation est donc à l'origine d'une récompense mais aussi de dépendance. Le désir de consommer des psychotropes serait donc lié au plaisir qu'ils
procurent ! Cette constatation est née des observations faites dans les années 90 sur des modèles animaux comme le rat ou le singe qui, placés dans certaines conditions, ont tendance à répéter la consommation de substances psychoactives. Grâce aux techniques de micro-dialyse qui permettent, à l'aide de micro-électrodes de mesurer et ainsi de connaître les variations de
concentration en messagers chimiques au niveau d'une zone cérébrale précise, on a découvert l'existence d'un mécanisme d'action commun à tous les psychotropes (alcool, cannabis, nicotine, morphine, amphétamines), caractérisé par l'augmentation du taux de DA au niveau du noyau accumbens. Ainsi l'auto-administration permet à l'animal en appuyant sur un levier de s'administrer un produit
par différentes voies. Si le produit active le système de récompense, l'animal va appuyer de manière répétitive sur le levier pour s'auto-administrer le produit. Ces expériences ont ainsi permis de déterminer les zones cérébrales impliquées dans le système qui gère le plaisir : le système de récompense ou système hédonique chez l'homme. On comprend donc mieux aujourd'hui comment
les drogues agissent sur notre cerveau et par là même sur notre comportement mais malheureusement, on ne détient pas encore la substance miracle qui permettrait de remettre tout en ordre.